Tel était sans doute le bel air du temps de Shakspeare, et c'est comme le type de l'homme aimable et amusant qu'il a peint Mercutio. Cependant, si la hardiesse lui a manqué pour attaquer, comme Molière, les ridicules de la cour, il laisse assez souvent entrevoir que le ton lui en était à charge. Le rôle de Mercutio paraît avoir coûté à son goût et à la justesse de son esprit. Dryden rapporte, comme une tradition de son temps, que Shakspeare disait «qu'il avait été obligé de tuer Mercutio au troisième acte, de peur que Mercutio ne le tuât.» Cependant Mercutio a conservé en Angleterre de zélés partisans; Johnson entre autres, à cette occasion, traite assez durement Dryden pour quelques paroles irrévérentes sur cet aimable Mercutio, dont les «saillies, dit-il, ne sont peut-être pas toujours à sa portée.» L'éloignement de Shakspeare pour le genre d'esprit qu'il a prodigué dans Roméo est, du reste, suffisamment prouvé par l'injonction du frère Laurence à Roméo, lorsque celui-ci commence à lui expliquer ses affaires en style de sonnet: «Mon fils, lui dit-il, parle simplement.» Le frère Laurence est l'homme sage de la pièce, et ses discours sont en général aussi simples que de son temps il était permis à un philosophe de l'être.
Le rôle de la nourrice de Juliette offre également peu de ces subtilités que Shakspeare paraît, dans cet ouvrage, avoir réservées aux gens de la haute classe, et quelquefois aux valets qui les imitent. Ce caractère de la nourrice est indiqué dans le poëme d'Arthur Brooke, où il est loin cependant d'avoir la même vérité grossière que dans la pièce de Shakspeare.
Partout où ils échappent aux concetti, les vers de Roméo et Juliette sont peut-être les plus gracieux et les plus brillants qui soient sortis de la plume de Shakspeare; ils sont en grande partie rimés, autre hommage rendu aux habitudes italiennes.
Roméo et Juliette fut jouée pour la première fois, en 1596, par les serviteurs de lord Hundsdon, les grands seigneurs ayant joui jusqu'au règne de Jacques Ier d'une liberté illimitée quant à la protection qu'ils accordaient aux acteurs. Un acte du Parlement y apporta alors quelque restriction.
ROMÉO ET JULIETTE
PERSONNAGES
ESCALUS, prince de Vérone. PARIS, jeune seigneur, parent du prince. MONTAIGU, CAPULET, chefs des deux maisons ennemies. UN VIEILLARD, oncle de Capulet. ROMÉO, fils de Montaigu. MERCUTIO, parent du prince et ami de Roméo. BENVOLIO, neveu de Montaigu et ami de Roméo. TYBALT, neveu de la signora Capulet. FRERE LAURENCE, franciscain. FRERE JEAN, religieux du même ordre. BALTHASAR, domestique de Roméo. SAMSON, GREGOIRE, domestique de Capulet. ABRAHAM, domestique de Montaigu. UN APOTHICAIRE. TROIS MUSICIENS. UN VALET. UN PAGE de Pâris. PIERRE. UN OFFICIER. CHOEUR. LA SIGNORA MONTAIGU, femme de Montaigu. LA SIGNORA CAPULET, femme de Capulet. JULIETTE, fille de Capulet. LA NOURRICE de Juliette.
CITOYENS DE VÉRONE, PLUSIEURS HOMMES ET FEMMES DES DEUX FAMILLES, MASQUES, GARDES, GENS DU GUET ET SERVITEURS.
La scène est pendant presque toute la pièce à Vérone.
Au cinquième acte elle est une fois à Mantoue.