“I pray believe me when I express now, not only for myself, but for my fellow-countrymen in this part of Africa, our very sincere appreciation of your efforts on behalf of the general community--efforts to promote goodwill among all and to bring together the various elements of our local life.”
Les prédécesseurs de Mr. R. Casement--car des Consuls Anglais avec juridiction sur le Congo ont été appointés par le Gouvernement de Sa Majesté depuis 1888--ne paraissent pas davantage avoir été absorbés par l’examen de plaintes multiples; tout au moins une telle appréciation ne se trouve pas consignée dans le Rapport, le seul publié, de M. le Consul Pickersgill, qui, par le fait qu’il rend compte de son voyage à l’intérieur du Congo, jusqu’aux Stanley Falls, dément cette sorte d’impossibilité, pour les Agents Consulaires Anglais, d’apprécier de visu toute partie quelconque de leur juridiction.
Comme allégations contre le système d’administration de l’État, la note vise les impôts, la force publique et ce qu’on appelle le travail forcé.
Au fond, c’est la contribution de l’indigène du Congo aux charges publiques que l’on critique, comme s’il existait un seul pays ou une seule Colonie où l’habitant, sous une forme ou sous une autre, ne participe pas à ces charges. On ne conçoit pas un État sans ressources. Sur quel fondement légitime pourrait-on baser l’exemption de tout impôt pour les indigènes, alors qu’ils sont les premiers à bénéficier des avantages d’ordre matériel et moral introduits en Afrique? A défaut de numéraire, il leur est demandé une contribution en travail. D’autres ont dit la nécessité, pour sauver l’Afrique de sa barbarie, d’amener le noir à la compréhension du travail, précisément par l’obligation de l’impôt:--
“It is a question (of native labour) which has engaged my most careful attention in connection with West Africa and other Colonies. To listen to the right honourable gentleman, you would almost think that it would be a good thing for the native to be idle. I think it is a good thing for him to be industrious; and by every means in our power, we must teach him to work.... No people ever have lived in the world’s history who would not work. In the interests of the natives all over Africa, we have to teach them to work.”
Ainsi s’exprimait Mr. Chamberlain à la Chambre des Communes, le 6 Août, 1901. Et récemment, il disait:--
“We are all of us taxed, and taxed heavily. Is that a system of forced labour?... To say that because we put a tax on the native therefore he is reduced to a condition of servitude and of forced labour is, to my mind, absolutely ridiculous.... It is perfectly fair to my mind that the native should contribute something towards the cost of administering the country.” (House of Commons, the 9th March, 1903.)
“If that really is the last word of civilization, if we are to proceed on the assumption that the nearer the native or any human being comes to a pig the more desirable is his condition, of course I have nothing to say.... I must continue to believe that, at all events, the progress of the native in civilization will not be secured until he has been convinced of the necessity and the dignity of labour. Therefore, I think that anything we reasonably can do to induce the native to labour is a desirable thing.”
Et il défendait le principe d’une taxe sur le natif parce que “the existence of the tax is an inducement to him to work.” (House of Commons, the 24th March, 1903.)
Aussi l’exemple de taxes sur les indigènes se retrouve-t-il presque partout en Afrique. Au Transvaal, chaque natif paie une taxe de capitation de 2_l._; dans l’Orange River Colony, le natif est soumis à une “poll tax;” dans la Southern Rhodesia, le Bechuanaland, le Basutoland, dans l’Uganda, au Natal, il est perçu une “hut tax;” au Cap, on trouve cette “hut tax” et une “labour tax;” dans l’Afrique Orientale Allemande, il est également perçu un impôt sur les huttes, payable en argent, en produits, ou en travail. Cette sorte d’impôt a été appliquée encore dans le Protectorat de Sierra-Leone, où elle a pu être payée “in kind by rice or palm-nuts,” et la suggestion a été faite “that work on roads and useful works should be accepted in lieu of payment in money or produce.”
On voit donc que le mode de paiement de l’impôt, en argent ou en nature, n’en altère pas la légitimité, lorsque son taux n’est pas excessif. Tel est le cas au Congo, où les prestations fournies par l’indigène ne représentent pas plus de quarante heures de travail par mois. Encore est-il que ce travail est rétribué et que l’impôt payé en nature fait, en quelque sorte, l’objet d’une ristourne à l’indigène.
Partout le paiement de l’impôt est obligatoire; son non-paiement entraîne des voies de contrainte. Les textes qui établissent les taxes sur les huttes frappent l’indigène récalcitrant de peines, telles que l’emprisonnement et le travail forcé. Au Congo non plus, l’impôt n’est pas facultatif. On a vu, ailleurs, les actes d’autorité qu’a parfois rendus nécessaires le refus des indigènes de se soumettre à la loi: telles les difficultés à Sierra-Leone, à propos desquelles un publiciste Anglais, parlant des agents de la force publique, affirme:--
“Between July 1894 and February 1896, no fewer than sixty-two convictions--admittedly representing a small proportion of offences actually committed--were recorded against them for flogging, plundering, and generally maltreating the natives.”
D’autres exemples pourraient être rappelés de l’opposition que rencontre chez les populations indigènes l’établissement des règles gouvernementales. Il est fatal que la civilisation se heurte à leurs instincts de sauvagerie, à leurs coutumes et pratiques barbares; et il se conçoit qu’elles ne se plient pas sans impatience à un état social qui leur apparaît comme restrictif de leurs licences et de leurs excès et qu’elles cherchent même à s’y soustraire. C’est une chose commune en Afrique que l’exode d’indigènes, passant d’un territoire à l’autre, dans l’espoir de trouver de l’autre côté des frontières une autorité moins établie ou moins forte, et de s’exonérer de toute dépendance et de toute obligation. Il se pourrait, à coup sûr, que des indigènes de l’État se soient, sous l’empire de telles considérations, déplacés vers les territoires voisins, encore qu’une sorte d’émigration sur une large échelle, comme la présente la note Anglaise, n’ait jamais été signalée par les Commandants des provinces frontières. Il est, au contraire, constaté, dans la région du Haut-Nil, que des natifs qui s’étaient installés en territoire Britannique sont revenus sur la rive gauche à la suite de l’établissement d’impositions nouvellement édictées par l’autorité Anglaise. Si c’est, d’ailleurs, ces régions qui sont visées, les informations de la note semblent être en contradiction avec d’autres renseignements donnés, par exemple, par Sir Harry Johnston:--
“This much I can speak of with certainty and emphasis: that from the British frontier near Fort George to the limit of my journeys into the Mbuba country of the Congo Free State, up and down the Semliki, the natives appear to be prosperous and happy.... The extent to which they were building their villages and cultivating their plantations within the precincts of Fort Mbeni showed that they had no fear of the Belgians.”
Le Major H. H. Gibbons, qui s’est trouvé plusieurs mois sur le Haut-Nil, écrit:--
“Ayant eu l’occasion de connaître plusieurs officiers et de visiter leurs stations de l’État du Congo, je suis convaincu que la conduite de ces messieurs a été bien mal interprétée par la presse. J’ai cité comme preuve mon expérience personnelle, qui est en opposition avec une version récemment publiée par la presse Anglaise, qui les accuse de grandes cruautés.”
La déclaration de Juin dernier, ci-jointe, a fait justice des critiques contre la force publique de l’État en signalant que son recrutement est réglé par la loi et qu’il n’atteint qu’un homme sur 10,000. Dire que “the method of obtaining men for military service is often but little different from that formerly employed to obtain slaves,” c’est méconnaître les prescriptions minutieuses édictées pour, au contraire, éviter les abus. Les levées s’opèrent dans chaque district; les Commissaires de District règlent, de commun accord avec les Chefs indigènes, le mode de conscription. Les engagements volontaires et les multiples réengagements complètent aisément les effectifs qui atteignent à peine le chiffre modique de 15,000 hommes.
Ceux qui allèguent, comme le dit la note, que “the men composing the armed force of the State were in many cases recruited from the most warlike and savage tribes,” ignorent que la force publique est recrutée dans toutes les provinces et parmi toute la population du territoire. Les intérêts de l’État protestent contre cette notion d’une armée que l’autorité elle-même formerait d’éléments indisciplinés et sauvages et des exemples--tels que les excès qui ont été mis à charge des auxiliaires irréguliers utilisés dans l’Uganda, ainsi que les révoltes qui se sont produites jadis au Congo, imposent, au contraire, une circonspection spéciale pour la composition de la force armée. Les cadres Européens, qui se composent d’officiers Belges, Italiens, Suédois, Norwégiens, et Danois, y maintiennent une sévère discipline, et l’on chercherait en vain à quelles réelles circonstances fait allusion l’assertion que les soldats “not infrequently terrorized over their own officers.” Elle n’est pas plus fondée que cette autre assertion, “that compulsion is often exercised by irresponsible native soldiers uncontrolled by an European officer.” Depuis longtemps, l’autorité était consciente des dangers que présentait l’existence de postes de soldats noirs, dont le Rapport de Sir D. Chalmers, sur l’insurrection à Sierra-Leone, a constaté les inévitables abus de pouvoirs. Au Congo, ils ont été graduellement supprimés.