But the theologians, who, by their continual apprehension, might make the weak believe that their cause is bad, are not troubled by such a small matter. They insisted on finding seeds of heresy in a work dealing with physics. The author underwent a frightful persecution, and the priests claimed that a doctor accused of heresy could not cure the French guards.
To the hatred of the devotees was joined that of his rivals for glory. This was rekindled by a work of La Mettrie's entitled "The Politics of Physicians." A man full of cunning, and carried away by ambition, aspired to the place, then vacant, of first physician to the king of France. He thought that he could gain it by heaping ridicule upon those of his contemporaries who might lay claim to this position. He wrote a libel against them, and abusing the easy friendship of La Mettrie, he enticed him to lend to it the volubility of his pen, and the richness of his imagination. Nothing more was needed to complete the downfall of a man little known, against whom were all appearances, and whose only protection was his merit.
For having been too sincere as a philosopher and too obliging as a friend, La Mettrie was compelled to leave his country. The Duke of Duras and the Viscount of Chaila advised him to flee from the hatred of the priests and the revenge of the physicians. Therefore, in 1746, he left the hospitals of the army where he had been placed by M. Sechelles, and came to Leyden to philosophize in peace. He there composed his "Penelope," a polemical work against the physicians in which, after the fashion of Democritus, he made fun of the vanity of his profession. The curious result was that the doctors themselves, though their quackery was painted in true colors, could not help laughing when they read it, and that is a sure sign that they had found more wit than malice in it.
M. La Mettrie after losing sight of his hospitals and his patients, gave himself up completely to speculative philosophy; he wrote his "Man a Machine" or rather he put on paper some vigorous thoughts about materialism, which he doubtless planned to rewrite. This work, which was bound to displease men who by their position are declared enemies of the progress of human reason, roused all the priests of Leyden against its author. Calvinists, Catholics and Lutherans forgot for the time that consubstantiation, free will, mass for the dead, and the infallibility of the pope divided them: they all united again to persecute a philosopher who had the additional misfortune of being French, at a time when that monarchy was waging a successful war against their High Powers.
The title of philosopher and the reputation of being unfortunate were enough to procure for La Mettrie a refuge in Prussia with a pension from the king. He came to Berlin in the month of February in the year 1748; he was there received as a member of the Royal Academy of Science. Medicine reclaimed him from metaphysics, and he wrote a treatise on dysentery, another on asthma, the best that had then been written on these cruel diseases. He sketched works on certain philosophical subjects which he had proposed to look into. By a sequence of accidents which befell him these works were stolen, but he demanded their suppression as soon as they appeared.
La Mettrie died in the house of Milord Tirconnel, minister plenipotentiary of France, whose life he had saved. It seems that the disease, knowing with whom it had to deal, was clever enough to attack his brain first, so that it would more surely confound him. He had a burning fever and was violently delirious. The invalid was obliged to depend upon the science of his colleagues, and he did not find there the resources which he had so often found in his own, both for himself and for the public.
He died on the eleventh of November, 1751, at the age of forty-three years. He had married Louise Charlotte Dréano, by whom he left only a daughter, five years and a few months old.
La Mettrie was born with a fund of natural and inexhaustible gaiety; he had a quick mind, and such a fertile imagination that it made flowers grow in the field of medicine. Nature had made him an orator and a philosopher; but a yet more precious gift which he received from her, was a pure soul and an obliging heart. All those who are not imposed upon by the pious insults of the theologians mourn in La Mettrie a good man and a wise physician.
FACSIMILE OF TITLE PAGE OF THE LEYDEN 1748 EDITION
L'HOMME MACHINE.
Est-ce là ce Raion de l'Essence suprème, Que l'on nous peint si lumineux? Est-ce là cet Esprit survivant à nous même? Il naît avec nos sens, croit, s'affoiblit comme eux. Helas! il périra de même.
Voltaire.
À LEYDE,
De l'Imp. d'ELIE LUZAC, Fils.
-----
MDCCXLVIII.
L'HOMME MACHINE.
Il ne suffit pas à un sage d'étudier la nature et la vérité; il doit oser la dire en faveur du petit nombre de ceux qui veulent et peuvent penser; car pour les autres, qui sont volontairement esclaves des préjugés, il ne leur est pas plus possible d'atteindre la vérité, qu'aux grenouilles de voler.
Je réduis à deux les systèmes des philosophes sur l'âme de l'homme. Le premier, et le plus ancien, est le système du matérialisme; le second est celui du spiritualisme.
Les métaphysiciens qui ont insinué que la matière pourrait bien avoir la faculté de penser, n'ont pas déshonoré leur raison. Pourquoi? C'est qu'ils ont cet avantage (car ici c'en est un) de s'être mal exprimés. En effet, demander si la matière peut penser, sans la considérer autrement qu'en elle-même, c'est demander si la matière peut marquer les heures. On voit d'avance que nous éviterons cet écueil, où Mr. Locke a eu le malheur d'échouer.
Les Leibniziens, avec leurs monades, ont élevé une hypothèse inintelligible. Ils ont plutôt spiritualisé la matière, que matérialisé l'âme. Comment peut-on définir un être dont la nature nous est absolument inconnue?
Descartes, et tous les Cartésiens, parmi lesquels il y a longtemps qu'on a compté les Malebranchistes, ont fait la même faute. Ils ont admis deux substances distinctes dans l'homme, comme s'ils les avaient vues et bien comptées.
Les plus sages ont dit que l'âme ne pouvait se connaître que par les seules lumières de la Foi: cependant, en qualité d'êtres raisonnables, ils ont cru pouvoir se réserver le droit d'examiner ce que l'Ecriture a voulu dire par le mot Esprit, dont elle se sert en parlant de l'âme humaine; et dans leurs recherches, s'ils ne sont pas d'accord sur ce point avec les théologiens, ceux-ci le sont-ils davantage entr'eux sur tous les autres?
Voici en peu de mots le résultat de toutes leurs réflexions.
S'il y a un Dieu, il est auteur de la Nature, comme de la Révélation; il nous a donné l'une, pour expliquer l'autre; et la Raison, pour les accorder ensemble.
Se défier des connaissances qu'on peut puiser dans les corps animés, c'est regarder la Nature et la Révélation comme deux contraires qui se détruisent; et par conséquent, c'est oser soutenir cette absurdité: que Dieu se contredit dans ses divers ouvrages, et nous trompe.
S'il y a une Révélation, elle ne peut donc démentir la Nature. Par la Nature seule, on peut découvrir le sens des paroles de l'Evangile, dont l'expérience seule est la véritable interprète. En effet, les autres commentateurs jusqu'ici n'ont fait qu'embrouiller la vérité. Nous allons en juger par l'auteur du Spectacle de la Nature. "Il est étonnant, dit-il (au sujet de Mr. Locke), qu'un homme qui dégrade notre âme jusqu'à la croire une âme de boue, ose établir la Raison pour juge et souverain arbitre des mystères de la Foi; car, ajoute-t-il, quelle idée étonnante aurait-on du Christianisme, si l'on voulait suivre la Raison?"
Outre que ces réflexions n'éclaircissent rien par rapport à la Foi, elles forment de si frivoles objections contre la méthode de ceux qui croient pouvoir interpréter les Livres Saints, que j'ai presque honte de perdre le temps à les réfuter.
1º. L'excellence de la Raison ne dépend pas d'un grand mot vide de sens (l'immatérialité); mais de sa force, de son étendue, ou de sa clairvoyance. Ainsi une âme de boue, qui découvrirait, comme d'un coup d'oeil, les rapports et les suites d'une infinité d'idées difficiles à saisir, serait évidemment préférable à une âme sotte et stupide qui serait faite des éléments les plus précieux. Ce n'est pas être philosophe, que de rougir avec Pline de la misère de notre origine. Ce qui parait vil, est ici la chose la plus précieuse, et pour laquelle la nature semble avoir mis le plus d'art et le plus d'appareil. Mais comme l'homme, quand même il viendrait d'une source encore plus vile en apparence, n'en serait pas moins le plus parfait de tous les êtres, quelle que soit l'origine de son âme, si elle est pure, noble, sublime, c'est une belle âme, qui rend respectable quiconque en est doué.
La seconde manière de raisonner de Mr. Pluche me parait vicieuse, même dans son système, qui tient un peu du fanatisme; car si nous avons une idée de la Foi, qui soit contraire aux principes les plus clairs, aux vérités les plus incontestables, il faut croire, pour l'honneur de la Révélation et de son Auteur, que cette idée est fausse, et que nous ne connaissons point encore les sens des paroles de l'Evangile.